ChROCUS #27 – CHRONIQUE SEXO : LES PEINE-A-JOUIR

600-20150827-CHROCUS27

Lars Von Trier, Nymphomaniac

Il y a deux jours, j’écoutais tranquillement l’émission culturelle « Le Masque et la Plume » sur France Inter – là, vous vous dites que cette chronique sexo risque d’être décevante, d’un certain point de vue je ne peux pas vous donner tort –  quand, à propos du dernier Douglas Kennedy, le journaliste l’ayant apprécié traita son confrère, beaucoup plus moqueur et cynique au sujet du livre, de, croyez-le ou non, « peine-à-jouir ». Quand est-il ? J’ai enquêté.

Je vois très bien dans quels derniers retranchements s’est retrouvé notre ami, amateur du Douglas Kennedy, acculé par la verve incontrôlable de l’interlocuteur cynique, celui qui a mis les rieurs de son côté, et qui à chaque tentative d’argumentation, la balaie d’un revers, non pas de la main, mais d’un véritable souffle de dragon. On a tous vécu ça un jour. On tombe sur une « grande bouche » et il n’y a plus moyen de discuter. Quand on a un cerveau avec le minimum d’options qu’il faut pour que tout le bazar fonctionne, c’est d’une frustration infinie. C’est souvent à ce moment-là que sort l’insulte, vous voyez bien de quoi je parle, pas besoin d’écrire ici noir sur blanc ce qui pourrait nuire à la bonne tenue d’une classe de CE1. Mais on s’est compris.
Sur France Inter, des millions d’auditeurs pendus à l’affaire en cours, le gars (Arnaud Viviant je crois, mais c’est pas sûr) a opté pour plus habile : nous voilà donc avec un magnifique « Peine-à-Jouir » sur les bras. C’est une image.

Pourquoi habile ? Car si l’insulte est souvent jouissive (pour le coup), elle pousse souvent son auteur vers une voie sans issue, les chiens galeux de l’ironie à ses basques. Or ici, il retourne l’affaire : si l’autre n’aime pas Douglas Kennedy, c’est qu’il peine à prendre du plaisir, sous entendu : trop cérébral pour s’éclater.

Nous y voilà.

Et c’est là que son habileté apparente m’insupporte finalement un tout petit peu. Car, prenons un exemple pris totalement au hasard : Moi (appréciez au passage la majuscule).  Plus j’avance en âge (et en expérience, comme dirait Panoramix, sage parmi les sages), plus ma capacité à avoir du plaisir passe par l’incertitude, la difficulté et la progression. Si je suis parfaitement et strictement, à la synapse près, le même être humain, avant et après une expérience, quelle qu’elle soit, alors je sais que ça ne m’aura rien apporté, ni doute, ni satisfaction, ni – donc – jouissance. C’est malheureux à dire, mais je ne veux plus perdre plus mon temps (et je pèse cette expression et son sens propre, d’autant que mes tempes grisonnent que c’en est effrayant). D’aucuns vous diront que c’est un peu intello. Le mot abhorré de toute une époque dite libérale (arf) – la nôtre – est lâché. Je suis un pauvre garçon, turpide… « peine-à-jouir ». C’est quand même un comble.

Tout ça pour dire quoi ?

Lire n’est pas une activité plus exaltante qu’une autre. Je préfère avoir des spasmes devant ma télé avec « The Wire » qu’être tanqué dans mon fauteuil avec Musso. J’adore ne rien faire. Mille fois écouter le silence dix heures durant, les fesses au col de l’Arc, plutôt que de lire deux pages de « Cinquante nuances de Grey ».

Gotlib, Rhââ Lovely, Fluide Glacial

Gotlib, Rhââ Lovely, Fluide Glacial

Que surtout personne ne se soucie de ma capacité à avoir, si ce n’est un orgasme (ça c’est pour les mots clefs, pour qu’on trouve plus facilement le site de la bibliothèque sur Google), tout au moins du plaisir, sous prétexte que j’aurai attendu un petit peu de sens, de matière, de réflexion, de style, d’originalité, voire même de douleur et de mélancolie dans le bifteck que je me suis choisi à l’étal de chez mon boucher préféré.
En gros, côté jouissance, retenez bien le conseil du Docteur Difool : préférez peut-être risquer et souffrir un peu, avec des sentiments aussi, hésitez pas, quitte à vous manger un bon râteau, comme on disait au collège, plutôt que d’aller voir Mme Claude et ses filles. Si avec la seconde option, vous êtes sûr d’aller « au bout » (belle image), l’affaire s’annoncera  mille fois plus prometteuse si vous optez pour la première…

« Rhââ lovely » comme disait Gotlib !!

Tenez, puisqu’on y est, allez jeter un œil à ceci :
http://www.telerama.fr/livre/le-lecteur-une-espece-menacee,130294.php

Christophe

Pour marque-pages : permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *